Cet article est une suite de Qu’est-ce que l’initiation aujourd’hui
?
La question peut paraître saugrenue dans notre société où la famille restreinte est une valeur refuge. Après l'émancipation de 68, la famille a volé en éclats, le soixante-huitard est devenu un ado attardé qui a conquis le vaste monde. A-t-il quitté ses parents ? Certainement pas : en tant qu'adolescent, il les a mis de côté, et dès qu'il s'est un tant soit peu rangé, il les a retrouvés.
68 est loin, l'heure est davantage à la peur que suscite la mondialisation. On se replie alors sur soi, on revient vers sa famille. La famille ayant été balayée par mai 1968, il reste papa et maman. Finalement, on n'y a rien gagné, bien au contraire ! On a remplacé le carcan familial par le joug parental.
Hélas, nous sommes entourés de référents liés aux parents. Les sportifs, qui vivent un monde protégé, sorte de famille, vénèrent (ou exècrent, ce qui est la même chose) leurs parents, voire les ont comme entraîneurs (tennis, natation). Les artistes fondent en larmes en évoquant leurs parents, qui leur ont tout apporté, etc. Il est vrai que beaucoup d'entre eux ne sont que des « fils de ». D'aucuns se sont construits sans eux, mais confient leur manque ou leur quête du père. Les grands patrons sont bien évidemment les parangons de références aux parents, de tout temps il faut dire. Quant à notre Président, c'est un gamin à sa maman, laquelle se permet de dire ce qu'elle pense de lui tout à fait comme s'il était enfant. Diable, où va-t-on ?
Nos systèmes de connaissances ou de pensée ne valent pas mieux. Il faut avoir des références, des pairs, des maîtres. Il est bien difficile de remettre une théorie en cause. La contestation scientifique était plus facile il y a 20 ou 30 ans. Aujourd'hui, on veut une seule et unique théorie qui explique tout. Ne voit-on pas que c'est une manière de vouloir un père ? Le technique et le détail ont remplacé la pensée, ne voit-on pas que c'est une référence à la maman ?
Nos religions et systèmes spirituels sont pour la plupart centrés sur une relation filiale, Fils de Dieu et tutti quanti, et chacun a en soi le papa-Dieu. Les mouvements plus récents type New Age ne font pas mieux : on s'imagine que l'univers conspire pour nous satisfaire. Bien entendu, l'univers n'a que ça à faire, c'est bien connu. Avec un tel degré de personnalisation, comment être adulte ? Qui peut voir, comprendre ou admettre que l'univers, les anges, Dieu ou n'importe quoi d'autres, ce sont des forces, des énergies, appelez-les comme vous voulez, mais en tout cas des lois. L'univers ne conspire pas pour satisfaire l'enfant que nous sommes, ses lois sont telles que ce qui est conforme à la loi nous arrive, c'est très différent. Il n'y a ni mérite ni récompense, simplement un alignement. Pour profiter des effets d'une loi et se prémunir de ses conséquences négatives, il suffit de la connaître, que la loi soit physique ou spirituelle. Il est vrai que lorsqu'on voit les gens s'exposer au soleil sans protection, on comprend que la conscience des lois est lointaine.
Mais accepter une loi, c'est dépasser le père.
Découvrir, comprendre et connaître les lois est un travail d'observation personnelle, qui consiste à tenter de voir les choses dans leur globalité d'une part, et telles qu'elles sont d'autre part. Pour voir le monde tel qu'il est, il faut quitter ses références : s'affranchir de ses parents, pas seulement en rêve ou en souhait, ou encore en discours, mais en réalité. Est-ce si difficile ? Oui et non. Oui si on regarde autour de soi : comme je l'ai exposé plus haut, tout nous incite à penser par rapport à une ou des références. Non si on accepte la solitude.
Mais accepter la solitude, c'est se passer de mère.
La clé est là, la seule et unique : on a besoin de toutes ses références par peur d'être seul, par peur de penser seul, de se tromper seul. On préfère se tromper collectivement qu'avoir raison seul. Le ventre mou des idées est le ventre maternel dont on ne veut pas sortir. La question n'est pas de savoir si on a raison ou si on se trompe, ce qui ne sont que des apparences, la question est de savoir si on pense par soi-même.
On ne peut pas quitter ses parents si on essaye car alors on se raccroche au fait de les quitter, plutôt que de se centrer sur soi. Bien sûr, une cure psychologique ou psychanalytique peut temporairement aider car celui qui souffre trop ne peut pas être lui-même. La religion est une entrave, bien des spiritualités également. Mais il n'y a de toute façon pas de méthode efficace car vouloir quitter ses parents est un leurre. D'aucuns diront : « Bien entendu, car il faut les intégrer en soi ». Oui, c'est vrai, mais ce n'est qu'une étape. La seule chose à faire véritablement, c'est accepter d'être seul. Seul ? Oui, j'ai dit seul, c'est-à-dire sans Dieu. L'initié est celui qui accepte d'être véritablement seul, et celui qui est véritablement seul est le sage.
Voilà qui demande réflexion, n'est-ce pas ?
Dans Le Fou de l'Antarctique, Alph se croit plutôt évolué intérieurement, et ses amis pensent de même. Mais dès le début de son voyage initiatique, il se trouve confronté à l'image de sa mère. Il découvre que tout le travail qu'il a fait ne sert à rien, car en réalité il ne s'est pas encore séparé de la matrice. Il n'en est là qu'au deuxième chapitre, il en reste vingt…
> Commander le Fou de l'Antarctique

La question peut paraître saugrenue dans notre société où la famille restreinte est une valeur refuge. Après l'émancipation de 68, la famille a volé en éclats, le soixante-huitard est devenu un ado attardé qui a conquis le vaste monde. A-t-il quitté ses parents ? Certainement pas : en tant qu'adolescent, il les a mis de côté, et dès qu'il s'est un tant soit peu rangé, il les a retrouvés.
68 est loin, l'heure est davantage à la peur que suscite la mondialisation. On se replie alors sur soi, on revient vers sa famille. La famille ayant été balayée par mai 1968, il reste papa et maman. Finalement, on n'y a rien gagné, bien au contraire ! On a remplacé le carcan familial par le joug parental.
Hélas, nous sommes entourés de référents liés aux parents. Les sportifs, qui vivent un monde protégé, sorte de famille, vénèrent (ou exècrent, ce qui est la même chose) leurs parents, voire les ont comme entraîneurs (tennis, natation). Les artistes fondent en larmes en évoquant leurs parents, qui leur ont tout apporté, etc. Il est vrai que beaucoup d'entre eux ne sont que des « fils de ». D'aucuns se sont construits sans eux, mais confient leur manque ou leur quête du père. Les grands patrons sont bien évidemment les parangons de références aux parents, de tout temps il faut dire. Quant à notre Président, c'est un gamin à sa maman, laquelle se permet de dire ce qu'elle pense de lui tout à fait comme s'il était enfant. Diable, où va-t-on ?
Nos systèmes de connaissances ou de pensée ne valent pas mieux. Il faut avoir des références, des pairs, des maîtres. Il est bien difficile de remettre une théorie en cause. La contestation scientifique était plus facile il y a 20 ou 30 ans. Aujourd'hui, on veut une seule et unique théorie qui explique tout. Ne voit-on pas que c'est une manière de vouloir un père ? Le technique et le détail ont remplacé la pensée, ne voit-on pas que c'est une référence à la maman ?
Nos religions et systèmes spirituels sont pour la plupart centrés sur une relation filiale, Fils de Dieu et tutti quanti, et chacun a en soi le papa-Dieu. Les mouvements plus récents type New Age ne font pas mieux : on s'imagine que l'univers conspire pour nous satisfaire. Bien entendu, l'univers n'a que ça à faire, c'est bien connu. Avec un tel degré de personnalisation, comment être adulte ? Qui peut voir, comprendre ou admettre que l'univers, les anges, Dieu ou n'importe quoi d'autres, ce sont des forces, des énergies, appelez-les comme vous voulez, mais en tout cas des lois. L'univers ne conspire pas pour satisfaire l'enfant que nous sommes, ses lois sont telles que ce qui est conforme à la loi nous arrive, c'est très différent. Il n'y a ni mérite ni récompense, simplement un alignement. Pour profiter des effets d'une loi et se prémunir de ses conséquences négatives, il suffit de la connaître, que la loi soit physique ou spirituelle. Il est vrai que lorsqu'on voit les gens s'exposer au soleil sans protection, on comprend que la conscience des lois est lointaine.
Mais accepter une loi, c'est dépasser le père.
Découvrir, comprendre et connaître les lois est un travail d'observation personnelle, qui consiste à tenter de voir les choses dans leur globalité d'une part, et telles qu'elles sont d'autre part. Pour voir le monde tel qu'il est, il faut quitter ses références : s'affranchir de ses parents, pas seulement en rêve ou en souhait, ou encore en discours, mais en réalité. Est-ce si difficile ? Oui et non. Oui si on regarde autour de soi : comme je l'ai exposé plus haut, tout nous incite à penser par rapport à une ou des références. Non si on accepte la solitude.
Mais accepter la solitude, c'est se passer de mère.
La clé est là, la seule et unique : on a besoin de toutes ses références par peur d'être seul, par peur de penser seul, de se tromper seul. On préfère se tromper collectivement qu'avoir raison seul. Le ventre mou des idées est le ventre maternel dont on ne veut pas sortir. La question n'est pas de savoir si on a raison ou si on se trompe, ce qui ne sont que des apparences, la question est de savoir si on pense par soi-même.
On ne peut pas quitter ses parents si on essaye car alors on se raccroche au fait de les quitter, plutôt que de se centrer sur soi. Bien sûr, une cure psychologique ou psychanalytique peut temporairement aider car celui qui souffre trop ne peut pas être lui-même. La religion est une entrave, bien des spiritualités également. Mais il n'y a de toute façon pas de méthode efficace car vouloir quitter ses parents est un leurre. D'aucuns diront : « Bien entendu, car il faut les intégrer en soi ». Oui, c'est vrai, mais ce n'est qu'une étape. La seule chose à faire véritablement, c'est accepter d'être seul. Seul ? Oui, j'ai dit seul, c'est-à-dire sans Dieu. L'initié est celui qui accepte d'être véritablement seul, et celui qui est véritablement seul est le sage.
Voilà qui demande réflexion, n'est-ce pas ?
Dans Le Fou de l'Antarctique, Alph se croit plutôt évolué intérieurement, et ses amis pensent de même. Mais dès le début de son voyage initiatique, il se trouve confronté à l'image de sa mère. Il découvre que tout le travail qu'il a fait ne sert à rien, car en réalité il ne s'est pas encore séparé de la matrice. Il n'en est là qu'au deuxième chapitre, il en reste vingt…
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